Filpac CGT / Papète Tartas
Une plainte à dessein
23 mars 2026
• Montreuil, le 23 mars 2026
Pour un simple dessin, Paul Bracq, représentant de la Filpac-CGT à la papeterie de Tartas, se retrouve convoqué par les gendarmes. Motif : une plainte en diffamation.
L’objet du délit ? Une image générée par intelligence artificielle représentant Dominique Kayser, grimé en empereur romain pendant que, à ses pieds, une femme agenouillée lui tend un café. À côté, un autre type, lui aussi à genoux, s’occupe de son pied droit, pendant que le gauche lévite tranquillement. Oui, même la gravité s’incline devant l’IA.
Mais le véritable tour de force est ailleurs. La secrétaire de direction s’est reconnue dans la serveuse de café. Il faut croire qu’elle se considère comme l’archétype universel de la femme blonde avec une tasse à la main. Offensée et humiliée dit-elle. Pendant un mois, elle est considérée en accident du travail… avant d’aller déposer plainte dès son retour.
Satire d’élite
« Nous regrettons bien sûr qu’une salariée se soit sentie visée. D’autant qu’elle n’est absolument pas citée dans le tract », rappelle pourtant Paul Bracq. Ce dessin ne tombe pas du ciel. Il accompagne d’autres caricatures, et surtout un texte autrement plus sérieux, qui décrit la brutalité et l’incompétence d’une direction menant la papeterie droit dans le mur. Sur ce point, difficile de parler de fiction : depuis la diffusion du tract, le 16 décembre dernier, Dominique Kayser a été remercié par les propriétaires du groupe. Comme quoi, parfois, la satire a le mauvais goût de coller à la réalité.
Reste cette plainte, dirigée contre l’expression syndicale. Une de plus. Preuve, s’il en fallait encore, que la caricature dérange toujours autant qu’elle est mal comprise. Car une caricature n’est pas un portrait fidèle : c’est une arme de distraction massive. Elle grossit les traits, appuie là où ça fait mal, et se moque des puissants.
La violence du désastre
À Tartas, les camarades préféreraient dessiner une papeterie florissante, des carnets de commandes pleins à craquer et des salariés sereins. Mais encore faudrait-il que la réalité s’y prête. Or même la plus outrancière des caricatures n’arrive pas à rivaliser avec le désastre bien réel.
Aujourd’hui, Paul Bracq est convoqué pour un délit imaginaire. Demain, combien de salariés verront leurs propres souffrances bien réelles rester sans réponse ? Combien de violences sociales et psychologiques seront classées sans suite pendant que la justice se mobilise pour un dessin ?
La véritable violence est dans cette répression syndicale qui tente de faire taire ceux qui parlent encore pour défendre les ouvriers. Ceux qui refusent de se mettre à genoux, même pour servir le café.


