Syndicat CGT Papeteries de Condat
SPB, projet industriel ou spéculation immobilière ?
13 février 2026
• Le Lardin Saint-Lazare, le 11 février 2026
Un des dossiers de reprise de la papeterie de Condat réserve quelques surprises. Et pas des moindres. SPB (Société de Participation de la Braye), dirigée par la famille Huot, crée le 16 décembre 2022 une filiale discrète : PMI H2. À l’origine, son objet est classique : prise de participations dans d’autres sociétés. Une coquille juridique, propre sur elle, sans salarié, sans activité notable, avec un unique actionnaire : SPB. Une structure en sommeil. Très vite, PMI H2 devient PMI Développement. Le nom change, l’objet reste flou. La société semble patienter. Puis, le 22 janvier 2026, tout s’accélère. L’objet social s’élargit soudainement. On ne parle plus seulement de participations financières, mais de « toutes opérations d’aménagement, de réhabilitation de sites industriels », « toutes prestations de services, d’ingénierie, de négoce, de vente et revente d’équipements industriels, en particulier dans le domaine papetier », « administration générale, gestion, opérations commerciales ou immobilières », « maintenance, construction, coordination, supervision ». En clair : un objet un peu fourre tout. Mais, une société qui peut tout faire est une société qui peut tout démonter.
Encore un changement de noms : PMI Développement change de nom : Condat Solutions. Le message est limpide. La coquille a trouvé sa cible.
Début février, le capital social grimpe à 45 000 euros, soit une augmentation de 35 000 euros. Pourquoi cette soudaine générosité ? Pour rassurer le tribunal de commerce. Pour donner de l’épaisseur à une structure qui, hier encore, n’avait ni activité ni salariés. Bref : pour paraître solide.
La chronologie interpelle
PMI H2 naît quelques mois avant l’annonce du PSE d’octobre 2023 qui jette 174 salariés de Condat à la rue. Faut-il y voir un hasard ? Difficile d’en apporter la preuve. Mais le calendrier, lui, ne ment pas. Ce n’est pas la première fois que la famille Huot manœuvre ainsi. En 2020, SPB reprend la papeterie Arjowiggins à Bessé-sur-Braye via une société au nom déjà révélateur : Paper Mill Industries (PMI). Les promesses étaient belles : maintien de l’emploi, continuité industrielle, avenir pérenne. Les faits, eux, sont moins lyriques. Avant la reprise :
566 salariés. Après : moins de 240. 326 emplois détruits.
L’année suivante, PMI s’associe avec Kolmi-Hopen. Le papier disparaît au profit de la production de matériel médical, notamment des gants. PMI, elle, conserve le foncier. Le cœur industriel change, les murs restent. Les terrains, eux, prennent de la valeur.
Le schéma se répète
Il ne s’agit pas d’un projet industriel structuré avec vision, innovation et stratégie de long terme. C’est une logique patrimoniale. Ils mettent la main sur des terrains, sur des bâtiments, sur des infrastructures. Ils restructurent. Ils réduisent la voilure. Ils revendent. En fait, ils optimisent le retour sur investissement. Les emplois et le savoir-faire ne sont, pour eux, que des variables d’ajustement.
Le procédé est rodé : dans la holding SPB gravitent plusieurs sociétés au sigle interchangeable : PMI Energy, PMI Services, PMI Acqua… Autant de véhicules prêts à être mobilisés au gré des opportunités. Pour Condat, le scénario semble écrit d’avance : moins de papier, moins d’emplois, davantage de foncier valorisé. Demain, l’objectif de SPB est de construire un data centers à la place des machines. La rentabilité sera au maxium avec presque plus de salariés, et des aides publiques conséquantes pour ce projet. Si ça ne marche pas, ils pourront revendre le terrain et le bâtiment. Bref, un joli coup à moindre frais. Reste une question : le tribunal verra-t-il un projet industriel ou un montage opportuniste savamment préparé sur le dos des salariés ?


