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APP – Sinar Mas, délinquant de l’environnement
28 juillet 2026
• Montreuil, le 28 juillet 2026
Déforestation, destruction d’écosystèmes, violations des législations environnementales, perte de la certification FSC, incendies de forêt, pollution, atteintes aux droits des communautés locales… Le groupe contrôlé par la famille Widjaja est loin d’incarner le modèle de responsabilité sociale et environnementale qu’il prétend parfois afficher.
Avant d’aborder le dossier Fibre Excellence, encore faut-il comprendre qui se cache réellement derrière cette entreprise.
La SAS Fibre Excellence est présidée par Jean-François Guillot. Derrière lui se trouve Paper Excellence, principal actionnaire de Fibre Excellence. À la tête de Paper Excellence figure Jackson Wijaya (également orthographié Widjaja selon les sources).
Paper Excellence est elle-même intégrée à la galaxie industrielle contrôlée par la famille Widjaja, dont le principal fleuron historique est Asia Pulp & Paper (APP), lui-même appartenant au gigantesque conglomérat Sinar Mas. L’empire familial ne se limite d’ailleurs pas à la pâte à papier : il englobe également les géants de l’huile de palme Golden Agri-Resources et SMART, ainsi que des activités dans l’immobilier, la finance, l’énergie et de nombreux autres secteurs. En revanche, depuis le placement en redressement judiciaire de Fibre excellence et le refus catégorique de Wijaya d’injecter quelques kopecks, APP est devenu l’actionnaire sortant de Fibre excellence.
Pourquoi une telle complexité capitalistique ?
Officiellement, il s’agit d’organiser des activités internationales. Officieusement, cette architecture en cascade présente un avantage évident : elle rend extrêmement difficile l’identification des véritables centres de décision et dilue les responsabilités lorsque surviennent des scandales.
Ainsi, Fibre Excellence affirme ne pas entretenir de liens avec APP. Une affirmation largement contestée par plusieurs enquêtes journalistiques, des ONG spécialisées et même des travaux parlementaires menés au Canada. La défense d’APP et de Sinar Mas consiste régulièrement à soutenir que certaines sociétés mises en cause seraient juridiquement indépendantes. Les ONG répondent précisément que cette multiplication de structures prétendument autonomes permet de maintenir une distance juridique tout en conservant une unité économique et stratégique.
Cette ligne de défense est d’autant plus fragilisée que Jackson Wijaya, déjà dirigeant de Paper Excellence, est devenu, dans le cadre de la succession familiale engagée depuis 2024, le propriétaire d’Asia Pulp & Paper. Le récit d’une indépendance entre les différentes sociétés du groupe apparaît ainsi de plus en plus difficile à soutenir.
APP n’est donc pas une entreprise isolée. Elle constitue l’un des principaux tentacules de la pieuvre Sinar Mas.
Un lourd passif environnemental
En 2007, le Forest Stewardship Council (FSC), principale organisation internationale de certification forestière, rompt toute relation avec Asia Pulp & Paper. Le FSC évoque alors des éléments substantiels concernant des pratiques forestières destructrices, des atteintes aux forêts à haute valeur de conservation, des violations des droits des populations locales et des soupçons de commerce illégal de bois. Un processus de réparation a bien été engagé en 2024, mais la certification n’a toujours pas été rétablie.
Depuis plus de quinze ans, Greenpeace, WWF et de nombreuses autres organisations dénoncent la destruction de forêts primaires, l’assèchement de tourbières et le non-respect des engagements de « zéro déforestation ». Dans un rapport publié en 2023, Greenpeace estime que 46 000 à 75 000 hectares auraient encore été déboisés depuis 2013 dans des concessions appartenant à des fournisseurs ou à des sociétés présentées comme liées à APP.
Le groupe est également régulièrement cité dans les gigantesques incendies de forêts et de tourbières qui frappent l’Indonésie. Ces catastrophes provoquent des épisodes de pollution atmosphérique parmi les plus graves au monde. APP conteste toutefois une partie des responsabilités qui lui sont attribuées.
Conflits fonciers et atteintes aux populations
Le passif du groupe ne se limite pas aux questions environnementales.
APP et plusieurs sociétés de la galaxie Sinar Mas sont régulièrement mises en cause dans des conflits fonciers avec des communautés locales en Indonésie. Accaparements de terres, déplacements de populations, pressions exercées sur les habitant·es, recours à la force lors de certains conflits : les dossiers s’accumulent depuis de nombreuses années.
Le Business & Human Rights Resource Centre, dans un rapport publié en 2019, résume ainsi la situation : « L’expansion controversée des plantations de pâte à papier d’APP a eu de graves répercussions sociales sur les communautés locales, notamment des accaparements de terres et des déplacements de populations, parfois accompagnés de violences. APP a également été impliquée dans plusieurs crises liées aux incendies de forêt. En 2015, Singapour a temporairement interdit la vente de produits APP après que l’entreprise eut été fortement associée à la crise de pollution atmosphérique qui aurait contribué à environ 100 000 décès prématurés cette année-là. Malgré les engagements pris par l’entreprise pour résoudre ces conflits sociaux et environnementaux, le rapport conclut que peu de changements concrets ont été observés. »


