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Presstalis - ex-NMPP : "Faillite ou mise à sac ?" - article de Michel Pavard paru dans Le Livre parisien, journal du SGLCE.

mardi 20 avril 2010

Faillite ou mise à sac ?

Curieusement, c’est au moment de changer d’identité - NMPP est devenue Presstalis en décembre dernier -, que la société de messageries évoque ses difficultés économiques, allant jusqu’à parler de faillite. En agitant le spectre du dépôt de bilan, il est plus facile de remettre à plat le système coopératif de distribution né après-guerre. « Du passé, faisons table rase ! » nous chantent les partisans du libéralisme.

“Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la résistance (...). Le gouvernement s’y emploie.” Denis Kessler, ancien vice-président du Medef, 4 octobre 2007.

Le programme du Conseil national de la Résistance (CNR) publié le 24 mars 1944 sous le titre Les jours bien heureux est le texte fondateur de notre système social, cette “exception française” que le gouvernement et le Medef ne songent qu’à détruire. Le programme du CNR inscrit dans les “Mesures à appliquer dès la libération du territoire » : « La liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des influences étrangères. ». C’est dans cet esprit qu’une délégation de la presse clandestine se réunit en août 1944 et décide de la création d’un organisme coopératif, les Messageries françaises de presse (MFP). Ces dernières, confrontées à de grandes difficultés structurelles, aggravées par le contexte politique, périclitent rapidement.

Dès lors, il est urgent de repenser un système de distribution fiable et durable, d’autant que Hachette, avec l’appui des banques, réactive l’Expéditive, une société de transport de journaux créée en 1925. L’objectif ? Tenter de reprendre la main sur le secteur en offrant des facilités de trésorerie aux journaux qui quitteraient les MFP. Le départ de Combat et d’autres journaux issus de la Résistance vers la messagerie d’Hachette, est révélateur d’une crise aiguë de la presse en 1946.

Attachés aux principes d’une presse libre et accessible aux lecteurs, des députés issus d’horizons politiques divers ont mené les débats à l’Assemblée nationale du 21 mars au 2 avril 1947. Des femmes et des hommes, comme Francine Lefebvre, d’Astier de la Vigerie, Fernand Grenier, Albert Gazier, Charles Lussy ou Francisque Gay ont opposé la voix de la liberté de la presse à celle de la censure portée par les “députés Hachette”. De ces grands débats sur fond de crise, est née la loi Bichet du 2 avril 1947, relative au statut des entreprises de groupage et de distribution des journaux et publications périodiques. Le 16 avril, cinq coopératives d’éditeurs s’associent avec la société Hachette pour créer les Nouvelles Messageries de la Presse parisienne (NMPP). La participation de Hachette au sein des NMPP était un moindre mal, dans la mesure où ses prétentions monopolistiques sur la distribution se trouvaient de fait amoindries.

La situation de Presstalis n’est pas sans rappeler celle des MFP.

L’histoire se répète, avec quelques nuances toutefois…. En 1946, on ne dénombrait pas moins de 28 quotidiens nationaux et 175 quotidiens régionaux, tirant à plus de 15 millions d’exemplaires, pour une population de 38 millions d’habitants. Aujourd’hui, la diffusion journalière est de 6,5 millions d’exemplaires pour 65 millions d’habitants. Hier, les effets de la guerre se faisaient sentir : la pénurie de papier contraignait souvent les journaux à n’imprimer qu’un recto-verso. Ni publicité, ni petites annonces pour financer cette presse qui sortait de l’ombre, mais de nombreux lecteurs, ces lecteurs qui nous font aujourd’hui défaut. La presse était, par ailleurs, l’objet d’une attention toute particulière du monde politique. Près d’une centaine de députés sur les 614 qui siégeaient dans l’Hémicycle en 1947, appartenait au monde de la presse. Le journal était de toute évidence le plus important véhicule de l’information et des idées.

Aujourd’hui, sans parler de l’engouement de nos concitoyens eux-mêmes pour le numérique, la totalité des députés disposent d’un site internet ou d’un blog et sont donc moins enclins à se préoccuper de la sauvegarde du support papier.

Les différences économiques et politiques avec 1945 sont trop importantes pour se livrer à des comparaisons hâtives. Pourtant, certains n’hésitent pas à forcer le trait des similitudes pour donner une légitimité à leur “stratégie industrielle”, entendons par là la casse systématique du système de distribution. Tous comptes faits, pour eux, la faillite est économiquement rentable... Les crises, comme le dit si bien Jean-Marc Sylvestre, chroniqueur néolibéral du PAF, “offrent une opportunité rare : celle d’engager les réformes dans un contexte où l’on n’a pas le droit de les refuser. » En réalité, ce qui est vraiment commun aux deux situations, c’est l’existence de manÅ“uvres pour affaiblir le système en place, au point de le réduire à néant au profit de grands groupes de médias.

Les contraintes d’une loi régulant la distribution de la presse n’ont jamais été bien acceptées par ceux qui voulaient profiter à la fois d’un système coopératif avantageux et s’en libérer à l’occasion pour s’adonner au jeu de la libre concurrence. Ainsi, le transfert des titres phare du groupe Mondadori, de Presstalis vers les Messageries lyonnaises de Presse (MLP), au moment des annonces sur l’état de santé des ex NMPP a tout l’air d’une machination. Rémy Pflimlin, directeur général de Presstalis si préoccupé du coût d’un salarié en CDD dans l’entreprise, a volontairement minimisé une perte de 10 millions d’euros par an ! L’entrée de Mondadori, 4ème groupe d’édition de magazines en France au sein des MLP pourrait aboutir à court terme à une “OPA” de l’éditeur italien sur la distribution des magazines.

Les NMPP en déficit d’une gestion saine !

Il y a deux choses que l’on distingue distinctement, vues du ciel : le mont Blanc et le déficit de Presstalis. Un déficit qui a la particularité de ne pas répondre aux critères comptables et financiers d’une entreprise commerciale ordinaire. Tenez, Rémy Pflimlin toujours d’un optimisme débordant, déclarait à l’occasion de l’inauguration du nouveau siège et de la nouvelle identité de l’entreprise “la question de la trésorerie ne se pose pas aux NMPP, pas à court terme ; (...) Dans nos projections 2010, il n’y a pas de difficultés importantes de prévues.” Depuis, celui qui est a été à l’initiative de « Plus belle la vie », communique régulièrement aux salariés ses craintes en l’avenir et les invite à consentir de nouveaux efforts.

A n’en pas douter, la comptabilité de l’entreprise est cyclothymique. Le passif et l’actif changent de colonnes selon l’humeur du moment. La défection d’un éditeur est perçue comme un résultat positif et le maintien d’un emploi une catastrophe budgétaire. Pour tout dire, le déficit à Presstalis ne devrait pas exister dans le cadre du fonctionnement de la société de messagerie dans laquelle les prestations sont normalement payées au prix coûtant par les éditeurs. Or, ces derniers, ont depuis quelques années, profité du “laxisme” de la direction générale qui leur a fait payer la distribution des titres en dessous du prix de revient ! Croyez-moi, l’épicier de votre quartier ne commettrait pas ce genre d’erreurs, à moins de vouloir se séparer de son fonds de commerce...

Non, cette entreprise n’aurait jamais du connaître un problème de trésorerie dans le cadre du système coopératif actuel. D’autant que des économies ont été réalisées au cours des réformes des NMPP. Le plan de modernisation de 1994/1997 a généré une économie de 120 millions par an au bénéfice des éditeurs ! Le plan de réforme industriel 2000/2007 a permis un gain de 60 millions par an au seul bénéfice des éditeurs ! A ces gains obtenus notamment sur le dos des salariés - plus de 70% de leurs effectifs ont disparu - il faut ajouter la redevance annuelle attribuée à Lagardère, l’opérateur des NMPP, qui s’élevait à 17 millions d’euros en 2007. Peut-être un peu excessif pour rémunérer la nomination du directeur général…

Voilà un déficit difficile à justifier d’un point de vue comptable mais qui va étrangement dans le sens du Président de la république : “Le vrai problème de la presse pour moi c’est le problème de la distribution” (...) je m’interroge sur la portée de l’article 1 de la loi Bichet, selon lequel “la diffusion de la presse imprimée est libre”, quand cette loi n’offre en réalité aucune flexibilité ” (...) Les NMPP ont entrepris un plan de modernisation (...) Mais nous devons aller plus vite, plus loin, plus fort.”

Nous l’aurons compris, il y a des déficits qui finissent par enrichir des idées. Il ne manquait plus que le sceau de l’État pour officialiser les “indélicatesses” de gestion de Presstalis. Ainsi, Bruno Mettling, inspecteur général des finances a fait un rapport à la demande du Premier ministre, dans lequel il propose des évolutions qui lui paraissent utiles, afin d’assurer l’avenir d’une distribution de la presse modernisée et rénovée...

Chers lecteurs, si vous êtes toujours intéressés par le sujet, nous vous donnons rendez-vous dans le prochain numéro du Livre Parisien pour regarder de plus près ce rapport.

Michel Pavard

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